Guy
de MAUPASSANT (1850-1893) 
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur lui. Notice biographique et bibliographique
Le vagabond (1887)
Depuis quarante
jours, il marchait, cherchant partout du travail. Il avait quitté son
pays, Ville Avaray, dans la Manche, parce que l'ouvrage manquait. Compagnon
charpentier, âgé de vingt-sept ans, bon sujet, vaillant, il était
resté pendant deux mois à la charge de sa famille, lui, fils aîné,
n'ayant plus qu'à croiser ses bras vigoureux, dans le chômage général.
Le pain devint rare dans la maison; les deux soeurs allaient en journée,
mais gagnaient peu; et lui, Jacques Randel, le plus fort, ne faisait rien parce
qu'il n'avait rien à faire, et mangeait la soupe des autres. Alors, il
s'était informé à la mairie; et le secrétaire avait
répondu qu'on trouvait à s'occuper dans le Centre. Il était
donc parti, muni de papiers et de certificats , avec sept francs dans sa poche
et portant sur l'épaule, dans un mouchoir bleu attaché au bout
de son bâton, une paire de souliers de rechange, une culotte et une chemise.
Et il avait marché sans repos, pendant les jours et les nuits, par les
interminables routes, sous le soleil et sous les pluies, sans arriver jamais
à ce pays mystérieux où les ouvriers trouvent de l'ouvrage.
Anisi commence la nouvelle
de Maupassant. Randel , artisan compétant
mais au chômage a laissé son village du nord de la
France pour trouver du travail dans le Centre. N'ayant pas trouvé
le "pays mystérieux
où les ouvriers trouvent de l'ouvrage", il décide de
renter chez lui.
En voici la fin.
"Je savais bien que je te repincerais", dit le brigadier goguenard.
Randel se leva sans répondre
un mot. Les hommes le secouaient, prêts à le rudoyer,
s'il faisait un geste, car il était leur proie à
présent, il était devenu du gibier de prison, capturé
par ces chasseurs de criminels qui ne le lâcheraient plus.
"En route!" commanda le gendarme. Ils partirent. Le
soir venait, étendant sur la terre un crépuscule
d'automne, lourd et sinistre. Au bout d'une demi-heure, ils atteignirent
le village. Toutes les portes étaient ouvertes, car on
savait les événements. Paysans et paysannes soulevés
de colère, comme si chacun eût été
volé, comme si chacune eût été violée,
voulaient voir rentrer le misérable pour lui jeter des
injures. Ce fut une huée qui commença à la
première maison pour finir à la mairie, où
le maire attendait aussi, vengé lui-même de ce vagabond.
Dès qu'il l'aperçut, il cria de loin: "Ah,
mon gaillard! nous y sommes." Et il se frottait les mains,
content comme il l'était rarement. Il reprit: "Je
l'avais dit, je l'avais dit, rien qu'en le voyant sur la route."
Puis, avec un redoublement de joie: "Ah! gredin, ah! sale
gredin, tu tiens tes vingt ans, mon gaillard!"
Que s'est-il passé? A vous de trouver.